Pouvez-vous nous parler un peu de vous et de votre parcours pour devenir démineuse ?

Je m’appelle Sana Khalaf et je viens du district de Sinjar. Je suis diplômée de l’université et titulaire d’une licence. J’ai rejoint le secteur du déminage en 2020. J’ai commencé en tant qu’agent de liaison communautaire auprès d’une ONG locale. Ce rôle m’a vraiment incité à adhérer à l’idée des opérations de déminage pour soutenir les personnes en danger. Je comprends à quel point il est important d’éliminer les risques de notre communauté. En tant que jeune femme, je vois l’opportunité de contribuer à ma communauté de Sinjar et je veux prouver que je peux jouer un rôle positif dans l’amélioration de la sécurité. Je souhaite également être un modèle pour les jeunes femmes, en montrant que nous pouvons avoir un impact significatif.
Comment avez-vous été impliquée dans le projet Safer Sinjar géré conjointement par HAMAP-Humanitaire et SHO ?
J’ai d’abord vu une annonce pour le poste, j’ai postulé, j’ai passé un entretien et j’ai été heureuse d’être acceptée. HAMAP-Humanitaire et Saferworld Humanitarian Organization ont offert à chacun une chance égale de participer au projet. Le processus équitable a permis à tous d’avoir une opportunité d’être impliqué.
Comment conciliez-vous vos responsabilités familiales avec votre travail exigeant de démineuse ?
Il n’est pas facile de trouver un équilibre, mais je peux compter sur le soutien de mon mari. Ses encouragements et sa foi en mon travail sont très importants pour moi. Il soutient non seulement ma décision de continuer à travailler, mais exprime aussi sa fierté lors des réunions familiales lorsqu’il parle de mon engagement pour la sécurité de notre communauté à Sinjar.
À quoi ressemble une journée typique pour vous ?
Pendant l’été, je me réveille à 3h30 du matin, je me rends sur le terrain avec l’équipe et j’y reste jusqu’à 13h. La chaleur est intense et épuisante, mais cela fait partie du travail. Ensuite, je rentre chez moi pour m’occuper des tâches domestiques comme le nettoyage, la cuisine et l’accueil des invités.
Malgré les défis, le travail sur le terrain donne un fort sentiment de solidarité. Nous nous soutenons mutuellement et restons en contact même en dehors des heures de travail.


Quelles ont été les premières réactions de votre famille et de votre communauté ?
La plupart des gens sont surpris et réagissent avec admiration lorsqu’ils voient comment je gère ce travail difficile. Ce domaine est souvent perçu comme dominé par les hommes. Par exemple, ma mère s’inquiète quotidiennement pour ma sécurité.
Avec mes collègues femmes, nous montrons que les femmes peuvent accomplir des tâches exigeantes. Nous voulons démontrer que la sécurité est une responsabilité collective et que personne ne doit être marginalisé.
Quels sont les défis en tant que femme dans ce domaine ?
Ce n’est pas forcément perçu comme un défi majeur, mais cela impacte notre quotidien. Par exemple, notre emploi du temps limite parfois notre participation à des événements sociaux ou familiaux. Nous devons organiser nos activités avec rigueur.
Comment les normes sociales ont-elles influencé votre parcours ?
Dans certaines perceptions sociales, les femmes sont censées rester à la maison tandis que les hommes assurent les revenus. Cela peut influencer la manière dont les démineuses sont perçues.
Malgré cela, le soutien de mon mari est essentiel. Il m’encourage en me disant : « Utilise les doutes des autres comme une échelle pour t’élever ». Cela m’aide à surmonter les obstacles sociaux.
Renforcement des capacités internes
Quelles formations avez-vous suivies ?
J’ai participé à quatre sessions de formation à long terme avec SHO et HAMAP-Humanitaire. J’ai également suivi des formations en premiers secours et des sessions de remise à niveau, notamment sur :
- la reconnaissance des munitions
- la recherche avancée en zones à haut risque
Ces formations m’ont également préparée à suivre une formation avancée EOD niveau 3 au Liban.
Comment ces formations vous ont-elles aidée ?
Au début, mes connaissances étaient limitées. Grâce aux formations, ma compréhension de l’action antimines s’est considérablement améliorée. L’accent mis sur la sécurité est fondamental : travailler efficacement tout en garantissant la sécurité est une priorité absolue.
Formation avancée EOD niveau 3
Comment avez-vous été sélectionnée ?
Ma passion et mon engagement dès le début ont joué un rôle clé. J’ai cherché à apprendre continuellement en posant des questions à mes superviseurs et en développant mes compétences sur le terrain. Cela a contribué à ma sélection.
Comment avez-vous vécu cette formation au Liban ?
C’était la première fois que je vivais loin de ma famille, ce qui était difficile au début. Cependant, l’apprentissage quotidien et l’encadrement des formateurs m’ont aidée à m’adapter. J’ai également été bien accueillie par les habitants.
Quelles compétences avez-vous acquises ?
- Calcul des distances de sécurité
- Classification des explosifs
- Observation d’explosifs réels
- Gestion d’un processus d’explosion
Comment allez-vous utiliser ces compétences ?
Je souhaite partager mes connaissances avec mes collègues. Si je deviens cheffe d’équipe, j’appliquerai les méthodes apprises et je contribuerai à améliorer les pratiques sur le terrain.
Expériences marquantes au Liban
Deux expériences ont marqué mon séjour :
- L’accueil chaleureux d’un propriétaire qui nous a offert de la nourriture dès notre arrivée
- L’aide spontanée d’un conducteur qui nous a transportés gratuitement vers Beyrouth
Ces expériences illustrent la solidarité et la générosité humaines.
Apprentissage professionnel
Que retenez-vous de vos collègues ?
J’ai appris l’importance du travail d’équipe et de la complémentarité des compétences entre professionnels expérimentés et nouveaux arrivants. Les échanges ont également permis de comparer les approches humanitaires et militaires.
Comment se fait le partage de connaissances ?
Nous échangeons ouvertement sur nos expériences et nos spécialisations. Cela permet un apprentissage mutuel et renforce la compréhension des procédures de sécurité.
Rôle des conseillers techniques HAMAP
Les conseillers techniques ont joué un rôle clé en nous préparant en amont, en nous fournissant :
- des informations théoriques
- des directives pratiques
- des consignes de reporting
Cette préparation a permis une meilleure assimilation des connaissances et la réussite des évaluations.
Vision globale de la sécurité
Mon objectif est que les enfants puissent aller à l’école ou jouer sans danger. Le déminage contribue également à :
- faciliter l’accès à l’eau et à l’électricité
- permettre aux agriculteurs d’exploiter leurs terres
- soutenir les moyens de subsistance des familles
Je souhaite aussi renforcer l’autonomisation des femmes en créant un environnement plus sûr pour elles et leurs enfants.
Aspirations futures
Je souhaite continuer à travailler dans ce domaine pour contribuer à la sécurité des populations, notamment dans les régions affectées par les conflits. Je veux également transmettre mes connaissances et participer au développement des capacités locales.
Réflexions finales
Je tiens à exprimer ma gratitude envers HAMAP-Humanitaire pour son soutien. L’accompagnement apporté, notamment le fait d’avoir permis à mon mari de m’accompagner, a renforcé ma confiance et ma sécurité.
Conseils aux femmes
Les femmes sont capables d’accomplir les mêmes tâches que les hommes. Il est important de croire en ses capacités, de ne pas se laisser influencer par les jugements sociaux et de contribuer activement à la sécurité de la communauté.
Impact et perspective
Je souhaite inspirer d’autres femmes à s’engager et à participer à la reconstruction de leur المجتمع. Les femmes jouent un rôle essentiel dans les générations futures, et leur implication aura un impact durable.
Évolution souhaitée dans la société
Il est important de réduire les écarts entre les hommes et les femmes dans les domaines non traditionnels. Encourager les femmes à participer activement au développement de la société est essentiel pour l’avenir.